mardi 27 octobre 2015

Finalement il y a une logique !

Vécu ce jour, sur le coup de 10h., au Tribunal de Grande Instance de Paris...

- Le Président: Maître, je n'ai pas vos conclusions au dossier
- L'avocat: Conformément à vos demandes, elles sont en ligne sur le Réseau Avocat
- Le Président: Oui mais nous n'avons pas de connexion aujourd'hui... Vous pouvez me les adresser
- L'avocat: Par mail ?
- Le Président: Nous n'avons plus de connexion...
- L'avocat: Hum, oui... Par fax ?
- La greffière: Non Maitre, on est court en papier, c'est déjà difficile d'imprimer les jugements.
- L'avocat: Par la poste, alors ?
- Le Président: Oui, on n'a pas le choix...
- La greffière (désabusée): Bienvenue dans la modernité.

Evidemment, dans ces conditions, l'aide juridictionnelle....

lundi 26 octobre 2015

Matraqués, gazés....


Depuis combien d'années assistons nous au triste spectacle de manifestants, cassant et détruisant, sous l'œil impavide des forces de l'ordre ?

Cette fois, l'état a sorti la matraque.

Et pour réprimer quels dangereux factieux ?

Des avocats qui manifestaient en robe, dans des juridictions dont ils avaient eu l'audace de vouloir un temps empêcher l'accès. Point de destruction, point de début d'incendie, aucune attaque contre les biens et les personnes... juste une manifestation, sans doute avec quelques "mots" devant le ridicule d'une situation ubuesque.

A Créteil, à Toulouse, à Lille...

Matraqués et gazés pour avoir voulu défendre l'idée d'une justice pour tous !

Comme un air de déjà vu...


J'avais créé ce blog, il y a à peu près 9 ans.

Nombre de liens ont disparu mais fort heureusement quelques textes subsistent. On y lit la tristesse d'un avocat affligé d'avoir vu ses représentants ballottés comme des pantins, trompés... Et heureux de l'être.

Neuf ans plus tard, notre profession est de nouveaux en grève, et ce sont exactement les mêmes revendications qui apparaissent avec, en parallèle, les mêmes réponses...



Les avocats s’opposent aujourd'hui à la volonté de l’Etat de diminuer la rétribution de l’aide juridictionnelle alors que leur indemnisation est déjà quasi-symbolique !



¨    Vous êtes locataire ou propriétaire dans le cadre d’une procédure d’expulsion, votre avocat est indemnisé aujourd'hui 376,32 €... AVANT déduction des charges sociales et des frais de fonctionnement du cabinet de 40 % et demain 141,12 €



¨   Pour votre licenciement (contesté devant le Conseil de Prud’homme), votre avocat 705,60 €, toujours avant déduction des charges sociales et des frais de fonctionnement du cabinet de 40 %. Demain ce sera 611,52 €.
 

Vous êtes victime d’une agression, votre avocat est actuellement indemnisé pour toute la durée de l’instruction à hauteur de 188,16 € (je vous passe les 40%....)


Vous demandez une modification de la résidence de votre enfant ou de la pension alimentaire, votre avocat est indemnisé 376,32 €, le projet prévoit 305,76 €.

C'est cela la réalité du projet.

Il ne s'agit pas, comme on l'entend parfois,  de faire en sorte que les avocats s'engraissent sur l'aide juridictionnelle (comment cela serait-il d'ailleurs possible avec les sommes allouées ?), mais de faire que la défense des plus démunis soit encore économiquement possible.

Un cabinet d'avocats, n'en déplaise à certains, est aussi une entreprise, qui supporte des coûts de fonctionnement et une fiscalité qui chaque année s'est alourdie. Imagine-t-on, par exemple, qu'au vu d'un justificatif de RSA on demande à un plombier de venir travailler gratuitement au domicile de quelqu'un ou à un boulanger de donner son pain... Demande-t-on aux fonctionnaires de renoncer à leur traitement, dès lors qu'ils interviennent pour des gens sans ressources.

Faut-il,  que je ne paye pas mes secrétaires ou mes collaborateurs, au motif qu'elles tapent des courriers ou qu'ils travaillent sur des dossiers d'aide juridictionnelle ?

Tout cela n'a plus guère de sens... Pour nombre de cabinets travailler à l'aide juridictionnelle revient à travailler à perte. C'est un luxe, mais c'est aussi une injustice faite aux plus pauvres.

J'entends bien les bonnes âmes qui évoquent les millionnaires d'une profession qui se goinfrerait sur la misère et le dénuement. C'est assez lamentable de la part de gens qui, pour la plupart, gagne plus en travaillant moins...

J'ai trouvé sur le net que le revenu moyen des avocats serait de 5.013 euros par mois.

C'est un montant conséquent, qui ne doit pas faire perdre de vue cependant que pour parvenir à ce chiffre, il faut tabler sur 50 à 60 heures de travail hebdomadaire, et que pour parvenir à ce chiffre il faut travailler pendant de longues années.

Ce chiffre en outre masque d'importantes disparités, puisque, s'agissant d'une moyenne, il intègre les revenus extrêmement élevés de quelques centaine d'avocats... qui ne sont pas, eux, concernées par l'aide juridictionnelle.

De même, il y a de fortes disparités régionales et, comme par hasard, les régions dans lesquelles les avocats gagnent le moins (en moyenne ou en calcul médian), sont celles dans lesquelles la population  est largement bénéficiaire de l'aide juridictionnelle. 

Dans les barreaux de l'Est parisien (Val-de-Marne et Seine-Saint-Denis) particulièrement touchés par la problématique de l'aide juridictionnelle, le revenu médian, s'établirait plutôt aux alentours de 3200/3500 euros par mois, en contrepartie d'horaires de travail très conséquents et de responsabilités très lourdes.

Il ne s'agit pas là de se plaindre, ce serait indécent.

Il s'agit seulement de rappeler une évidence: nombre de mes confrères qui supportent l'aide juridictionnelle, travaillent au moins 200 heures par mois... Faites le compte à l'heure, et posez-vous la question: se goinfrent-ils ?